Philomène est mon prénom. Ma marraine, amie de mes parents, l’a
choisi. Je l’adore. Il signifierait « qui aime la lune » et
« aimée ». Oui, j’aime la lune, le crépuscule, l’aube, l’aurore et
les chats. J’aime me faufiler dehors la nuit ou, dès potron-minet, me coucher
dans l’herbe, tapie à l’abri des regards. Je me sens aimée aussi. Renée est un
second prénom. C’est celui de mon parrain qui est l’associé et ami de mes
parents. Je viens de naître. Alors, re-née ? Serait-ce un autre
présage ?
Pas de grands-parents ravis autour de mon berceau, personne ne se
dispute une quelconque ressemblance. Née de parents immigrés, je ne vis pas au
contact de mes aïeuls en métropole. De toute façon, mon ascendance est
incontestable. Je suis une fille de Papy, une Verhelst. La loterie génétique me réserve de
vastes oreilles façon éléphant et l’implantation d’une canine à la mode de Dracula,
Prince en Valachie. Au soleil, ai-je la peau rose du flamant ou de la
Flamande ? Les iris de mes yeux sont bleus et mes cheveux sont si blancs
que l’on me croit chauve.
Les Africains disent que les enfants ne naissent pas au moment où ils
quittent le ventre de leur mère, mais du lieu et de l’instant de leur
conception. Dans ce cas-ci, Kamina (ou en brousse ?) fin février 1952 en
Afrique Centrale.



